Historique

BREF HISTORIQUE DE LA MAISON SAINT CAMILLE DE LYON

 1874 – 1990

Compilateur : Père Jacques GAYET

La Maison Saint Camille de Lyon a été fondée en 1874 : cinq ans après l’arrivée des premiers Religieux Camilliens en France, quatre ans après leur première fondation à la CHAUX, Saône-et-Loire.

Bref rappel de ce qui avait précédé

Saint Camille 1550-1614, en Italie. De son temps déjà une vingtaine de Français s’étaient agrégés à son groupe (d’abord simple fraternité de laïcs hospitaliers s’unissant pour mieux servir ; puis Congrégation religieuse proprement dite), et cela à la faveur de la nombreuse colonie française de Rome qui avait ses églises « nationales » non loin de la Maddalena du P. Camille : S. Louis des Français, S. Claude des Bourguignons, S. Nicolas des Lorrains. 
Une première implantation en France fut même entreprise par le P. Camille lui-même, à Toulouse, sur les instances de l’évêque, le Cardinal de Joyeuse, lequel en ambassade à Rome, avait vu ces Religieux à l’oeuvre. Mais cette première bouture ne prit pas racine.

En 1869, en Italie, persécution anticléricale (Cavour). Dispersion des Religieux, trois sont envoyés en France : un Lorrain et deux Italiens. Après recherches, ils s’établissent en 1870 à la Chaux (en face de Tournus), auprès d’un petit sanctuaire marial. Nouvelle péripétie : la guerre de 1870 ![1]. Dévouements multiples, certains hauts en couleur.

Bientôt, avec l’arrivée d’autres compagnons, on recherche une seconde implantation. Prospection à Lyon, sur les encouragements de l’Archevêque et les indications du Provincial Jésuite ; plusieurs adresses, et finalement 96 « chemin de Francheville », où un pensionnat se trouvait disponible.

LYON 1874 : C’était « l’Institution TORD », collège de garçons. Celle-ci avait acquis la propriété d’un Espagnol émigré lors de la révolution carliste de 1833, lequel avait construit (ou agrandi ?) la demeure, à l’ombre du Cèdre déjà centenaire [2]. Les Camilliens s’installent d’abord en location. But de l’oeuvre, après enquête sur les besoins prioritaires auprès des autorités ecclésiastiques et civiles : pension pour messieurs âgés, à accompagner jusqu’à la fin. Premier Supérieur le dévoué P. Zannoni (qui s’était distingué durant la guerre auprès des blessés et affligés ; dévouement même quelque peu imprudent au regard de la légalité médicale…)

19 mars 1874 : L’ouverture officielle en la fête de St Joseph, accueil du premier pensionnaire prénommé Joseph, reçu gratuitement pour le coup. Une vingtaine de places.

1876 : Achat de la maison à un M. Ducruet, 45 000 Frs, qui rabat à 30 000 Frs par bienveillance pour l’oeuvre.

1878 : Notre scolasticat est installé en la Maison.

1880 : Première persécution contre les Religieux, déjà ! C’est au tour de la France après les remous de la défaite et la politique de « l’Ordre Moral » réaction anticléricale, interdiction des Congrégations. Les Camilliens de Lyon, supérieur P. Ciman en tête, sont expulsés comme tels de leur maison. Réfugiés à Ste Foy tout près chez des amis, ils continuent clandestinement, en tenue séculière, leur service à St Camille, et même…

1886 : Grâce à une étonnante bienfaitrice, Mlle de la Villeneuve acquièrent sous son nom un terrain contigu de 5 200 m² (rectangle regardant Fourvière).

Premier prospectus explicatif sur la « Maison St Camille ». Pension 4 francs/ jour. Présents : 16 pensionnaires.

1891 : Agrandissement de la chapelle, grâce à la même bienfaitrice. architecte Sainte-Marie-Perrin[3] s’il vous plaît ! : choeur, surélévation, arceaux, tribune, gracieuse peinture dominante véronèse semée de fleurs à l’italienne.

1894 : Installation du « gaz d’éclairage ».

Le 24 juin, l’assassinat du Président Carnot rue Childebert par l’anarchiste italien Caserio provoque des troubles anti-italiens en ville, émotion (plusieurs Religieux sont d’origine italienne), mais pas d’incidents en notre quartier excentrique.

1896 : Une curieuse entreprise, « pour la bonne cause », à la mode de ce temps-là chez les Religieux (Maristes, Chartreux, Lerins, Bénédictine…), l’« Estérelle » : liqueur maison (à base de « simples » cueillies près de Théoule, notre quatrième fondation toute récente après Lille), lancée par le P. Ciman, inventif Supérieur, en vue de subvenir au Noviciat venu à Lyon : construction d’un premier bâtiment au fond du parc, distillerie, cellier, magasin…

Cela n’aura pas une longue carrière !, du moins comme distillerie… Cf. ci-après. 16 juin, consécration de Fourvière, notre proche et haute tutélaire.

1897 : Scolasticat et Noviciat transférés à Angers (notre 7e fondation après Tournai et Paris).

1898 : La foudre tombe sur la maisonnette de l’Estérelle ! Mentionnons ici quand même un fait divers pénible, car la mémoire collective du quartier en garde encore trace  (même par écrit, dans des annales locales) : l’affaire Richetto, portier-cordonnier chez nous, dans la loge duquel fut trouvé un cadavre;  Le  9 janvier 1900 il devait être condamné aux travaux forcés à perpétuité.

1901 : Deuxième vague de persécution anticléricale, s’en prenant d’abord, encore aux Congrégations (le fameux mythe : « le Milliard des Congrégations ! »). Trois ans plus tard, ce sera contre l’Église elle-même « inventaire » violent des églises, confiscation des bâtiments : lieux de culte passant à l’État et à sa charge… !, presbytères, évêchés, etc…

Une nouvelle fois, après 21 ans, expulsion des religieux et Religieuses. Même défensive qu’en 1880 : sécularisation, clandestinité, même refuge pour les nôtres, au 6 avenue Maréchal Foch actuel. L’inlassable bienfaitrice rachètera, sous son nom à l’État, la propriété confisquée 46 000 francs, au service pour une part, sur demande de l’Évêque, des  prêtres âgés et malades du diocèse.

1905 : Incendie de la distillerie de l’Estérelle. Tout s’en mêle ! Ce sera un signe et la fin de cette éphémère entreprise[4].

1910 : Mlle de Villeneuve redonne la propriété (clandestine) aux Camilliens sous le couvert d’une société civile dite « des Quatre-chemins ». Reconnaissance à ces dévoués et courageux laïcs chrétiens. Transformée en Association en 1976 elle sera en fonction jusqu’en 1991. A cette date, 24 pensionnaires dont 15 vieux prêtres du diocèse.

1914 : La guerre à nouveau. Des religieux sont mobilisés. Une partie de la maison devient annexe à l’hôpital militaire n°3. 35 lits, une trentaine de blessés soignés chaque jour par les religieux restants. Des témoignages publics de reconnaissance seront conférés après la guerre.

1919 : Démobilisation, des Religieux reviennent, certains de l’armée allemande ! (Alsaciens et Mosellans nés sous régime allemand).

1934 : Le Juvénat replié de son refuge de Hollande s’installe dans le bâtiment « Estérelle » réaménagé (noble reconversion, changement d’« esprit »).

1939 : Devant l’affluence des demandes, le Directeur d’alors P. Goettelmann projette hardiment un agrandissement massif. A cet effet, est constituée « l’Association Hospitalière Saint Camille » pour gérer l’administration de l’Oeuvre, locataire en quelque sorte de la société civile propriétaire légale du fonds. Mais c’est la guerre à nouveau ! Les travaux commencés le 18 juillet 1939 ralentissent mais continuent. Le gros oeuvre et le toit s’achèveront tant bien que mal dès 1941, et les étages seront occupés à mesure de leur finition.

1940 : Scolasticat et Noviciat sont repliés à Lyon. Là aussi, travaux d’aménagement des locaux en conséquence.

1943 : Terminé, le 1er étage du nouveau bâtiment est déjà occupé. Années difficiles et d’abord pour le ravitaillement, spécialement des collectivités. Prodige de « débrouillages » souvent à gros risques (la « zone libre » ne l’est plus depuis décembre précédent) de la part de plusieurs et d’abord de l’économe d’alors, le P. Tagland. Accueil de réfugiés, juifs entre autres (des noms sont inscrits dans les Chroniques). Fausses cartes, ravitaillement à des maquisards, nombreuses allées-venues de jour et surtout de nuit, anecdotes parfois tragi-comiques rapportées dans les Chroniques.

1944 : Nouveau bâtiment terminé pour l’essentiel. 80 lits de pensionnaires en tout.

3 septembre : Lyon libéré ! Des religieux mobilisés ou STO commenceront bientôt à rentrer (dont certains, Alsaciens-Lorrains, de la Wehrmacht comme en 1918).

1945 : Un frère entreprend à Lyon, humblement et ardemment, une oeuvre destinée à de beaux développements (en particulier, plus tard dans le Nord de la France) : « l’aide aux malades » du Frère René. Des notables de Lyon s’y intéressent rapidement, à commencer par le Professeur Santy célèbre cardiologue chirurgien des HCL. A cette époque de l’après-guerre, un autre religieux, le P. Tagland, outre son économat chargé (le ravitaillement continuait d’être difficile), s’associe avec dévouement à l’action d’un médecin, Dr Marbais, auteur d’un traitement anti-tuberculeux nouveau. Durant quelques mois un local de la maison, outre l’hébergement du médecin, servira de dispensaire pour ces soins : les malades y viendront nombreux, certains de loin. Mais l’expérience tournera court car les autorités médicales, en dépit de témoignages favorables, infirmeront la validité du traitement. Au 1er janvier, il y avait 71 pensionnaires présents et 32 religieux actifs ou en reposance ou en formation. Avec la fin de la guerre ces derniers sont dirigés : Scolasticat retour à Tournai, Belgique, Juvénat sur Niderviller; seul le Noviciat reste à Lyon, pour longtemps.

1946 : 26 janvier : Tremblement de terre assez violent dans la région. Émotion mais peu de dégâts (même aux pisés de notre coin).

10 novembre : Inauguration officielle de la nouvelle aile, dans le cadre de festivité du 2e centenaire de la canonisation de Saint-Camille sous la présidence du Cardinal Gerlier, notre Archevêque (cf. sous-verre dans l’appartement de la Communauté).

1958-1959 : Restauration importante de la Chapelle : peintures (unies), autel, dallage, vitraux, crucifix, chemin de Croix… (cf. album explicatif déposé à la chapelle avec les noms des artistes). agrandissement du Noviciat : il y avait alors jusqu’à 14 novices et postulants !

1962-1963 : Agrandissement de la maison primitive (de 1830) : enrobement de bétonnages consolidants, exhaussement d’un étage (à hauteur du bâtiment de 1946), galeries aux étages supérieurs… sous l’active impulsion de l’économe d’alors P. Pelletier. En même temps, au Noviciat, aménagements intérieurs en vue d’y accueillir le Scolasticat qui s’y repliera l’année suivante avec la cessation de Tournai.

1966 : Trois mois de travaux dans le parc par une entreprise horticole de Saint-Étienne animés par le Père Supérieur P. Grayer, botaniste connaisseur, et le Frère Bec, manager du parc (et de l’entretien général). Nombreuses plantations choisies, « renseignées » sur le plan affiché à l’entrée de la chapelle[5], sous la présence immuable du Cèdre.

1968 : Janvier, les bancs de la chapelle, beaux et pratiques de la fabrique Houssard d’Avranches, remplacent les vieilles chaises-prie-Dieu lyonnaises à bout de carrière.

1969 : A la chapelle, nettoyage et peinture.

1971 : Séparation administrative Maison d’Oeuvre / Communauté, mieux en conformité avec les bonnes règles et la pratique civile, et avec les évolutions religieuses. Désormais, un Directeur et un Supérieur distincts.

1974 : 6 décembre, festivités du Centenaire de la Maison.

1977 : Le nouveau directeur P. Martin lance la première « fête champêtre »; grand succès et désormais chaque année à la mi-juin.

1978 : Janvier, la Maison est agréée pour accueillir les bénéficiaires de l’Aide Sociale.

1982 : La médicalisation a connu trois étapes : 25 lits de section cure médicale à compter du 1er janvier 1982, dans le cadre de la loi du 30 juin 1975 sur les institutions sociales et médico-sociales;  la deuxième étape portera en 1987 à 40 lits et plus tard 50 lits en 1992.

1986 : Au salon rénové se tiennent désormais nombre d’assemblées périodiques :

– Assemblée Générale de l’Association des Missions Camilliennes (notre Maison est un relais pour les expéditions à nos Missions)

– « Conseil d’Établissement » récemment prescrit par les directives ministérielles.

– Conseil d’Administration et Assemblée Générale de l’« Association Hospitalière Saint-Camille » gestionnaire et de l’«Association des Quatre Chemins » propriétaire du fond.

– Réunion bimestrielle de l’Aumônerie gériatrique de Lyon-Courly impulsée par le P. Jordan depuis octobre 1981 avec bibliothèque spécialisée.

En dix ans, 58 réunions. Moyenne de 22 personnes dont 19 laïcs.

– Les trinquées mensuelles des anniversaires du mois avec le directeur.

– Le partage liturgique du vendredi, pensionnaires et voisins, avec le P. Michels.

– Et bien d’autres occasionnelles (personnel, pots d’honneur de mariage et naissance…).

En janvier était inaugurée la cuisine entièrement refaite, toute moderne, fonctionnelle. Durant les trois mois des travaux, un traiteur avait assuré les repas.

1987 : Aménagement de la salle de détente polyvalente[6] à la place du grand réfectoire, et donc remembrement de ceux-ci avec enjolivements; nouveaux placards de la bibliothèque maison. Annuellement, rénovation tournante des étages et chambres (tapisserie, peinture, prise phone, prise T.V., éclairage, recloisonnement à 1 lit…) Agrément à 40 lits de la section cure médicale. La maison de Lyon devient de plus en plus un lieu de retraite, choisi librement, de nos Religieux âgés. Une conséquence à l’ultime lieu de repos, à Ste Foy, la liste s’allonge (les deux tombes ont été regroupées en une). Fin de l’histoire pour ceux là, R.I.P, continuation un certain temps pour les autres…

1989 : Les bas des murs de la chapelle sont revêtus de chauds panneaux de bois.

1990 : Après 31 ans, restauration importante de la chapelle : couleurs pastels harmonieuses et expressives avec le conseil compétent d’un ami Philippe Grignard; éclairages repensés, sonorisation très efficace, corps du Crucifix posé directement sur le fond bleu ciel, ensemble très symbolique et pacifiant…

Autres restructurations marquantes et redistributions : bureaux administration, télévision 2 (prise sur l’« oratoire »), réfectoire Communauté, salle de Communauté au 4ème (sur l’emplacement des 2 pièces «provincial »)… Dans l’ensemble, réussite et satisfaction générale. Le Secours Catholique, antenne locale, est installé favorablement dans les deux pièces libres du petit pavillon d’entrée.

            Une notation subjective à ce stade, relativement à ce qui précède, et ce qui suivra :

            Ce résumé est une énumération un peu sèche d’éphémérides et d’évolutions surtout apparentes et matérielles, comme un treillage, mais à travers lequel chaque lecteur s’il le veut peut entrevoir en filigrane le principal, non-dit, à savoir le déroulement concret de la vie et des vies d’une collectivité où se succèdent des personnes humaines. Des personnes, au fond, au delà des catégories, aidés/aidants, religieux/laïcs, vieux/jeunes, distingués/ou moins, riches/pauvres, complexés plus/ou moins… : ensemble, « logés à la même enseigne » de la condition humaine, sous le même soleil, s’entraidant, dans la grande présence amie (reconnue ou pressentie ou encore latente), à porter, supporter, partager, se découvrir aimé, et aimer, espérer…

[1] Le 18.07.1870 : déclaration de la guerre à la Prusse, première fête de S. Camille en France ! et à Rome Vatican I

définit l’infaillibilité pontificale…

[2] En 1991 on l’estime âgé d’environ 300 ans. Par respect pour lui, personne n’a jamais voulu faire pratiquer une « intervention » chirurgicale pour sonder les couronnes de ses années… C’est le plus beau du quartier, où il y en a de nombreux autres, vestiges de la vaste propriété d’une famille noble du grand siècle (de « La Favorite » à la Plaine) dont la résidence principale était La Salette (partie centrale du grand escalier sur le parc)

[3] Fourvière alors en construction, Régnié, Chaponost, etc…

[4] Pour nous du moins, car la marque rachetée à l’État par un pharmacien de Lyon continuera, petitement, assez longtemps jusque dans les années 60, trop longtemps, portant sur les flacons le nom des pères Camilliens malgré eux…

[5] En 1991 : toujours intéressant et consulté, mais qui n’arrive pas à se tenir à jour des remplacements partiels qui auront succédé selon le cycle de la nature, en particulier de nombreux jeunes arbres fruitiers aux belles fleurs et aux bons fruits savamment échelonnées en maturation par le Frère Bec.

[6] TV1, salle de lecture non fumeurs, salle de lecture et de jeux fumeurs. Ouverte en grand, s’y tiennent désormais les séances récréatives de variétés, les Assemblées Générales, les séances de diapositives (parfois cinéma)…